« Notre organisation nous permet d’intervenir en quelques minutes » VAE Pascal Ausseur préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord

Publié le 12 Juillet 2017 à 16:15

© C. Hugé/MN

Espace resserré aux activités intenses, où les conditions naturelles sont difficiles, la Manche-mer du Nord est une zone dangereuse pour les usagers de la mer. Préfet maritime de cette zone, le vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur coordonne des opérations de sauvetage en mer tous les jours. Ses équipes sont en permanence sur le qui-vive.

 

Cols bleus : Amiral, de quelle manière le préfet maritime est-il responsable du sauvetage en mer ?

Vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur : Comme un préfet à terre, qui est responsable des opérations de sécurité civile dans son département, le préfet maritime est responsable en mer de ces mêmes opérations, c’est-à-dire la sauvegarde de la vie et des biens. C’est lui qui, en tant que représentant de l’Etat, coordonne l’action de l’ensemble des administrations agissant dans l’espace maritime, et particulièrement la chaîne de secours en mer. Je dispose pour cela des moyens de la Marine nationale, de la Gendarmerie maritime, des Affaires maritimes, de la Sécurité civile, de la SNSM ou bien encore de la Douane. Mon rôle, dans ce domaine, est de coordonner et de superviser l’action de ces différentes administrations et de leurs moyens.

 

© C. Hugé/MN

Avec les marins du patrouilleur de service public (PSP) Flamant. Le 4 avril 2017, l’équipage de ce patrouilleur a secouru 6 migrants au large de Calais.

 

 

 

CB : Comment est organisée cette chaîne de sauvetage en mer ?

VAE P.A : Elle repose tout d’abord sur un dispositif permanent, l’ORSEC Maritime, qui définit l’organisation générale des secours en mer en matière de sécurité civile. Les Centre régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (CROSS) sont les points névralgiques de ce dispositif. Ils centralisent les alertes et gèrent la conduite des opérations de secours en mer. Ce sont les cerveaux du préfet maritime qui mettent en œuvre, en temps réel et en fonction de chaque situation, les moyens nautiques, aériens et terrestres les plus appropriés. Ils travaillent, bien sûr, en liaison avec le Centre des opérations maritimes (COM).

Lorsqu’une alerte est donnée, par un témoin, un navire ou un sémaphore, le CROSS déclenche immédiatement l’opération de sauvetage. Dans le cas de l’évacuation d’un passager victime d’un malaise à bord d’un ferry, par exemple, le CROSS Jobourg va engager le Caïman de Maupertus avec une équipe du Centre médical des armées (CMA) de Querqueville. Puis, rapidement, l’hélicoptère va se porter au contact du navire et treuiller le médecin à bord. Une fois les premiers soins nécessaires reçus, la victime sera évacuée par le Caïman vers un hôpital que le CROSS aura préalablement prévenu.

 

© N.Fernandez/MN

Les guetteurs sémaphoriques : des sentinelles de proximité qui veillent en permanence l’activité en mer.

 

 

 

Le dialogue avec les secours à terre est bien sûr permanent, notamment avec les Centres opérationnels départementaux d’incendie et de secours (CODIS) et les centres hospitaliers. Nous avons aussi des échanges quotidiens avec nos voisins britanniques et belges, que nous pouvons solliciter pour nous prêter main forte sur une opération.

En Manche-mer du Nord, la chaîne de sauvetage est organisée sur un trinôme efficace : CROSS, hélicoptères, remorqueurs. Nous avons un trinôme dans la partie Sud de notre zone avec le CROSS Jobourg, l’hélicoptère Caïman de la 33F de Maupertus et les hélicoptères de la Sécurité civile, et l’Abeille Liberté, à Cherbourg. Le second trinôme est dans la partie Nord de la façade avec le CROSS Gris-Nez, le Dauphin SPI de la 35F au Touquet et un hélicoptère de la Sécurité civile, et l’Abeille Languedoc à Boulogne-sur-Mer. Autour de ces deux piliers gravitent de nombreux autres moyens, complétant notre maillage : la SNSM, la Gendarmerie maritime, les Affaires maritimes… Sans oublier l’action de nos marins : les guetteurs de nos 14 sémaphores veillent en permanence sur l’activité en mer, donnent l’alerte, suivent les situations à risque ou bien encore guident les unités d’intervention, et les équipages de nos patrouilleurs se tiennent prêts à porter secours dès lors qu’ils sont en mer.

© B. Planchais/MN

Les patrouilleurs de la Marine et de la Gendarmerie maritime peuvent être amenés à effectuer des opérations de sauvetage pendant leurs missions de défense maritime du territoire.

 

 

CB : Quelle règle prédomine au sein de cette chaîne de sauvetage ?

VAE P.A : La réactivité. Très souvent, ce sont des vies humaines qui sont en jeu. Chaque minute compte. Une personne tombée à la mer peut se noyer en quelques minutes ou vite être en hypothermie, un navire en avarie de propulsion peut dériver très rapidement, un kite-surfeur qui a perdu sa voile peut se retrouver dans l’impossibilité de rejoindre la côte et se faire emporter par le courant…

La réactivité est donc la clé. Et l’organisation du secours en mer, ainsi que le professionnalisme des marins et des personnes qui arment ces structures nous permettent de mettre en route des moyens d’intervention en quelques minutes seulement.

 

CB : Une règle qui doit prendre tout son sens en Manche-mer du Nord…

VAE P.A : Tout à fait. Nous sommes dans la zone maritime qui est, avec le détroit de Malacca, la plus dense du monde et où transitent chaque jour des centaines de navires de charge dans un espace très étroit.
A ce trafic longitudinal s’ajoutent les traversées perpendiculaires vers les îles britanniques, représentant 17 millions de passagers par an ainsi que la plaisance, la pêche, l’activité économique en mer… Les conditions de mer sont souvent difficiles : courants marins parmi les plus puissants du monde (10 à 12 nœuds dans l’ouest Cotentin), une température de l’eau en-dessous de 10° l’hiver, hauts-fonds…

La Manche et la mer du Nord sont donc des mers encombrées et dangereuses. L’an dernier, nous avons conduit plus de 1200 opérations de secours et d’assistance sur toute la façade, impliquant au total 3300 personnes, et évité 13 accidents majeurs de cargos. Nous avons eu aussi à déplorer 26 décès. C’est dire combien nos services et moyens peuvent être sollicités, tous les jours, pour gérer les opérations de sauvetage dans notre zone !

© B. Planchais/MN

Evacuation par le Caïman de Maupertus d’une personne blessée à bord d’un gazier, en Manche.

 

 

 

CB : Quelles sont les préoccupations du préfet maritime en matière de sauvetage en mer ?

VAE P.A : Ces préoccupations sont liées à des tendances observables qui occupent une place de plus en plus importante dans notre environnement.

Parmi elles, le développement constant de la pratique des loisirs nautiques qui, mécaniquement, augmente le nombre d’opérations de secours en mer. Et même si l’on constate, globalement, une meilleure attention des usagers, cette tendance s’accompagne d’un phénomène induit : les fausses alertes. C’est-à-dire l’ensemble des mauvais comportements en mer ou sur le littoral qui vont nécessiter, pour rien, le déclenchement d’opérations de lever de doute, coûteuses et mobilisatrices de moyens : une voile de kite-surf abandonnée en mer, la perte d’une annexe, un plongeur qui change de spot de plongée sans prévenir ses proches… Pourtant, toutes ces opérations inutiles pourraient être évitées si les usagers informaient les CROSS !

Dans un autre domaine, nous nous préparons à gérer des opérations de sauvetage sur des paquebots de plus en plus en grands, pouvant contenir plusieurs milliers de passagers. Le gigantisme des navires est une tendance qui touche à la fois les navires de charge et le transport de passagers : il implique des réflexions sur nos capacités et modes d’action envisageables pour l’évacuation de passagers de grande ampleur. C’est un challenge.

© B. Planchais/MN

Exercice de sauvetage maritime de grande ampleur avec le PSP Pluvier et la SNSM, au large de Ouistreham.

 

 

 

Enfin, il y a aussi l’émergence de nouveaux usages de la mer. La construction des champs éoliens et les projets hydroliens, la croissance des activités d’exploitation des ressources en mer ou bien encore les travaux de développement des sites industriels littoraux et portuaires augmentent le nombre d’opérations pendant les phases de travaux de ces projets. Une fois réalisés, il faudra organiser la cohabitation spatiale de ces différents usages et mettre en œuvre des modes de sauvetage en mer particuliers et originaux. On ne pourra pas évacuer un blessé au milieu d’un champ d’éoliennes en mer comme on le ferait devant Cherbourg. Définir le futur visage du sauvetage en mer, c’est aussi un sujet sur lequel nous travaillons.

Propos recueillis par le LV Pierre-Joachim Antona

 

 

Vos réactions: 
Moyenne: 5 (1 vote)
Envoyer