Porte-avions : un atout capital

Publié le 14 Novembre 2016 à 11:23

Le porte-avions Carl Vinson (CVN 70) de la classe Nimitz pendant un déploiement en mars 2012 dans le golfe Arabo-Persique sous le commandement de la 5e flotte de l’US Navy. © JAMES R. EVANS/US NAVY

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le porte-avions s’est imposé comme la pièce maîtresse des opérations navales. Les Anglo-Saxons utilisent d’ailleurs le terme évocateur de « capital ship » pour désigner ces bâtiments et leurs atouts stratégiques. Jusqu’à nos jours, ce statut ne s’est pas démenti et l’emploi d’un porte-avions demeure un levier de puissance important pour une force navale et même un État. Rapide tour d’horizon des porte-avions déployés dans le monde.

Les États-Unis sont la première puissance navale au monde avec actuellement 10 porte-avions en service. Il manque cependant 1 navire pour que l’US Navy atteigne son format de 11 bâtiments prévu par les textes. Cette situation temporaire est due au retrait du service de l’Enterprise en 2012, après 50 ans de bons et loyaux services. Elle sera corrigée avec l’arrivée du Gerald R. Ford attendu en 2017.

Les bâtiments en service appartiennent tous à la classe Nimitz à propulsion nucléaire. Ces navires sont les plus grands porte-avions au monde avec 333 mètres de long et 97 000 tonnes de déplacement à pleine charge. Une nouvelle classe baptisée Gerald R. Ford est en cours de construction. Il s’agit d’un projet ambitieux mettant en œuvre des technologies très innovantes. Les Gerald R. Ford seront notamment dotés de nouvelles catapultes électromagnétiques, remplaçant le système classique à vapeur, et d’un tout nouveau radar.

Les groupes aériens embarqués américains sont également en phase de transition. Ils sont composés actuellement de chasseurs F/A-18 Hornet et Super Hornet, d’avions de guerre électronique E/A-18G Growler, d’avions de guet aérien E-2 Hawkeye et d’avions de liaison C-2 Greyhound. Les Hawkeye vont être progressivement remplacés par l’Advanced Hawkeye, les Hornet laisseront place au F-35C, qui volera au côté du Super Hornet pendant encore de nombreuses années, et le C-2 sera remplacé à l’horizon 2020 par le V-22 Osprey.

L’US Navy aligne également 9 bâtiments amphibies d’assaut qui embarquent des avions à décollage court et appontage vertical du corps des Marines. Une nouvelle classe, les America, vient d’entrer en service, ils viennent compléter les Wasp. Ces bâtiments embarquent encore majoritairement des Harrier, mais le F-35B qui a été déclaré opérationnel à l’été 2015 devrait effectuer un premier déploiement embarqué en 2017.

LES PORTE-AVIONS EUROPÉENS

En dehors des États-Unis, la France est le seul pays au monde à disposer d’un porte-avions à propulsion nucléaire avec le Charles de Gaulle. Depuis l’été 2016, son groupe aérien n’est plus composé que d’un type de chasseur, le Rafale Marine. Il embarque également des avions de guet aérien Hawkeye. Début 2017, le porte-avions français entamera un arrêt technique majeur afin d’être modernisé. Un chantier important qui permettra au bâtiment de rester au niveau des opérations modernes pendant de nombreuses années.

En Europe, la Royal Navy va se doter de deux nouveaux porte-aéronefs : le Queen Elizabeth et le Prince of Wales. Ces bâtiments ont cependant été conçus selon une philosophie bien différente. Ils sont à propulsion classique et après quelques hésitations, la Grande-Bretagne a choisi une configuration avec un tremplin et sans brin d’arrêt, réduisant les capacités opérationnelles du système d’armes.Les futurs porte-aéronefs britanniques embarqueront le chasseur F-35B. Leur entrée en service constituera un enjeu majeur pour la Royal Navy privée de chasse embarquée depuis le retrait du Harrier en 2010.

On trouve d’autres bâtiments du même type en Europe mais plus petits. L’Espagne met en œuvre le Juan Carlos I qui est entré en service en 2010. Il s’agit d’un bâtiment amphibie comparable aux BPC de la Marine française mais qui embarque aussi des chasseurs Harrier. Deux bâtiments de ce type ont été vendus à l’Australie, mais celle-ci n’a pas acquis de chasseur embarqué.

L’Italie dispose aussi d’un bâtiment moderne avec le Cavour. Le Garibaldi, plus ancien, devrait rester en service jusqu’aux années 2020.

En Russie, le Kuznetsov, datant de la période soviétique, reste le seul porte-avions en service. Ce bâtiment effectue ponctuellement des déploiements en Méditerranée et permet à la Russie de conserver un savoir-faire en matière de chasse embarquée. La Russie a par ailleurs annoncé son intention de remplacer le Kuznetsov par un ou des bâtiments plus modernes.

DE NOUVEAUX PORTE-AVIONS EN ASIE

L’Asie a vu récemment l’entrée en service de plusieurs nouveaux porte-aéronefs. L’Inde met en œuvre depuis plusieurs décennies des bâtiments à pont plat. Le Viraat (et ses Harrier) a récemment été retiré du service avec l’arrivée du Vikramaditya. Ce bâtiment, ancien porte-hélicoptères soviétique, a été converti en Russie en porte-avions doté d’un tremplin et de brins d’arrêt. Le Vikramaditya est maintenant en service dans la Marine indienne avec à son bord des Mig-29K également d’origine russe. Un autre porte-avions est en cours de construction. Il s’agit d’un bâtiment construit localement avec le soutien d’industriels occidentaux. Le chantier est pour l’heure assez lent. Les images des premières manœuvres aériennes à bord du Liaoning, le premier porte-avions chinois, ont fait le tour du monde. Il s’agit à l’origine d’un bâtiment inachevé datant de la période soviétique. Les chantiers chinois se sont chargés d’en terminer la construction. Le Liaoning est désormais en service au sein de la Marine chinoise. Il embarque des chasseurs J-15 chinois, dérivés des Su-33 russes. Selon plusieurs experts, le Liaoning ne serait pas destiné à prendre part directement aux opérations navales mais pourrait permettre à la Chine d’acquérir progressivement un savoir-faire en matière de porte-avions. La presse internationale signale régulièrement la construction en Chine d’un nouveau type de porte-avions.

En Asie, on peut signaler également la présence des porte-hélicoptères japonais Hyuga et Izumo qui n’ont pas officiellement été conçus pour la mise en œuvre d’appareils à voilure fixe mais qui semblent assez grands pour le faire.

Dans ce panorama des porte-aéronefs en Asie, il ne faut pas oublier la Thaïlande. Celle-ci s’est dotée en 1996 d’un bâtiment de conception espagnole, le Chakri Naruebet, qui embarque des Harrier.

Pour terminer ce tour d’horizon, rappelons que l’ancien Foch de la Marine française est toujours en service au Brésil où il a été rebaptisé São Paulo. Il embarque désormais des
A-4 Skyhawk. Bien que le bâtiment soit ancien, il permet au Brésil d’être le seul pays avec la France et les États-Unis a être doté d’un porte-avions équipé de catapultes.

EV2 (R) Emmanuel Huberdeau

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

 

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