CLIPPERTON - PRINCIPES DE BASE

Publié le 29 Mars 2016 à 11:38

Située dans l’océan Pacifique Est par 10°18’ Nord et 109°13’ Ouest, Clipperton est un atoll de forme subcirculaire de 6 km² de superficie, dont environ 2 km² de terres émergées.© Stéphane Dugast / Mission Passion 2015 - UPF


Propriété définitive de la France depuis 1931, l’atoll de Clipperton est une tête d’épingle perdue dans le Pacifique oriental à l’écart des grandes routes maritimes. Sa situation géographique proche de l’Équateur, sa zone économique exclusive (ZEE), son isolement, son écosystème unique et ses supposées richesses attisent bien des convoitises au point d’inciter la France à devoir étudier l’avenir de ce territoire outre-mer méconnu.


Simple curiosité administrative ou minuscule point sur une mappemonde pour les uns, escale insolite pour les marins, Clipperton fait irruption dans le débat public. Deux mois après le sommet de la Terre (COP 21), l’île de la Passion (son nom de baptême) est d’abord, de l’avis même des scientifiques, un exemple très parlant des effets du réchauffement climatique. Pour Christian Jost, géographe, professeur à l’Université de Polynésie française (UPF), initiateur de la mission Passion 2015 et connaisseur de cet atoll après quatre expéditions in situ (et une en mars dernier avec National Geographic) : «Clipperton est aux premières loges des dérèglements climatiques de notre planète. Prenez son littoral, l’érosion rétrécit chaque année davantage la largeur de la couronne en certains endroits, tandis qu’à d’autres, au-delà des innombrables déchets charriés par l’océan, s’entassent les blocs de corail arrachés au tombant externe après avoir raboté le platier au passage. Clipperton illustre les pressions toujours plus fortes et leurs impacts sur ces fragiles écosystèmes insulaires. Il faut protéger, surveiller et valoriser cet atoll.» Une valorisation d’une possession outre-mer, dont a été chargé Philippe Folliot(1), député du Tarn, qui vient de remettre un rapport au Premier ministre Manuel Valls. Sa visite sur place l'an dernier lors de la mission Passion 2015, la première d'un élu de le République, a permis au secrétaire de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale de s'imprégner du dossier : « Vu d'hélicoptère, Clipperton est un joyau de la nature. Au sol, le spectacle est plus désolant. C'est le réceptacle de tous les déchets humains que l'océan charrie ».

En arpentant durant deux jours cet atoll en tous sens, Philippe Folliot a pu également en mesurer les richesses - comme la présence de la plus importante colonie au monde d’oiseaux marins que sont les fous masqués (sula dactylatra) – et ses handicaps comme son éloignement des autres territoires français (Papeete est distante de 5 500 kilomètres) ou son climat hostile : cette île est balayée chaque année en moyenne par quinze dépressions tropicales fortes ou cyclones.

UN ÉCO-SYSTEME MENACÉ ?

D’accès difficile à cause d’une barrière de brisants le ceinturant, l’atoll de Clipperton abrite une biodiversité étonnante. Outre une colonie d’oiseaux marins, sa faune est constituée de crabes terrestres et de rats. Quant à sa flore, qui avait disparu dans les années 2000, elle s’est fortement développée contre toute attente. Autant de changements que le professeur Jost suit avec attention : «Sur ce bout de terre battue par l’océan, les espèces s’accrochent et luttent âprement pour leur survie. La très faible biodiversité rend cette lutte et les alternances de pouvoir ou de domination d’un groupe sur un autre, plus visibles, plus lisibles. Les rats désormais dominent.»
Philippe Folliot s’est lui aussi forgé de solides convictions quant à l’avenir de ce territoire ultra-marin :  Clipperton ne doit plus rester en jachère. Il est important pour notre pays de valoriser cet atoll et ses richesses, d’y exercer notre souveraineté et de plani­fier son avenir. Nous devons trouver des solutions viables et surtout innovantes!»
Pour le député du Tarn, il faut donc penser concrètement à l'avenir de cet atoll : «Réglons son statut juridique. Menons une action d'éclat comme une importante campagne de nettoyage des plages. À plus long terme, étudions les moyens à mettre en œuvre pour surveiller et continuer à étudier cette île et sa ZEE1». Pour l'heure, Clipperton n'est habitée que ponctuellement par des scientifiques, des radioamateurs, des pêcheurs, et peut-être même des trafiquants de passage.

LES RICHESSES DE LA PASSION

Observatoire idéal de l'environnement océanique et de ses mutations, Clipperton peut légitimement accueillir une base scientifique permanente internationale, à condition de construire une coopération avec des États-voisins, et surtout de penser à ses coûts de construction et d'entretien. Des revenus sont possibles comme l'application de droits de pêches pour les industriels et de taxes de séjours pour les pêcheurs amateurs et plongeurs, ainsi que la collecte de royalties via, par exemple, la philatélie source de revenus. Le modèle des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) peut faire école. Quant à l'établissement d'une base à Clipperton, il constituerait un point d'appui pour des forces militaires afin notamment d'assurer une meilleure surveillance de cet atoll et de sa ZEE réputée pour ses richesses halieutiques pour le moment allégrement pillées. Dans un avenir plus lointain, posséder une base à proximité de l’Équateur, n'est pas anodin. C'est, en effet, dans les 9 millions de km² de la zone Clarion-Clipperton (sise entre l'archipel d'Hawaï et la côte ouest du Mexique dans le Pacifique nord-est) qu'ont été identifiés des champs de nodules polymétalliques2, ces concrétions de 5 à 10 centimètres de diamètre riches en cuivre, nickel et cobalt, tapissant les fonds marins. 

Implanter une base scientifique permanente à Clipperton n'est dès lors plus une idée incongrue, tant ses richesses sont à protéger et à surveiller. Se pose alors la problématique de sa rentabilité. Autant de questions sur l'avenir d'un atoll de la République française en train de s'écrire (ou pas) dans les couloirs du pouvoir à Paris grâce notamment au rapport d'un parlementaire du Tarn passionné par l'outre-mer, qui s’est appuyé sur les travaux scientifiques de Christian Jost, géographe lorrain en poste à Tahiti. Jamais l’île de la Passion n'aura aussi bien porté son nom de baptême !

Stéphane DUGAST

 

CLIPPERTON, L'ILE DES PASSIONS

Mars 1711, les frégates françaises La Princesse et La Découverte appareillent du Pérou en direction de la Chine, en quête de soie et d’or. En chemin, les marins du Roy aperçoivent, au milieu de l'océan, une île émergeant de nulle part, qu’ils baptisent Ile de la Passion parce qu’ils l’ont découvert un Vendredi Saint, jour de la Passion du Christ. « La Passion » va retomber dans l'oubli jusqu'à ce que l'exploitation du Guano dans les îles du Pacifique à la fin du XIXème ne relance l’intérêt et l'appétit des américains et des mexicains qui occuperont l'atoll mais oublieront les militaires et leurs familles, guerre civile oblige. Les rivalités entre la France et son voisin mexicain vont dès lors s’exacerber jusqu'à ce qu'un arbitrage international en 1931 n'attribue définitivement Clipperton à notre pays. Du fait de son éloignement et de son caractère océanique, les marins rendront dès lors régulièrement visite à ce bout de France pour y mener des missions de surveillance et de de souveraineté. Exceptés les occupations étrangères et pour les Français celles des missions militaires dites « Bougainville » entre 1966 et 1969 et d'une « robinsonnade » en 2005 à l'initiative de l'explorateur Jean-Louis Etienne, l'île de Clipperton n'a jamais été habitée durablement. Pour l'heure, l'atoll et ses environs sont le paradis des pêcheurs industriels et sportifs, tant ses fonds sous-marins sont riches en matière notamment de thonidés.

1: Clipperton confère à la France une souveraineté sur une Zone Économique Exclusive (ZEE), dont la superficie (436 000 km²) est plus vaste que celle de la Métropole (345 000 km²)

2: Riches en cuivre, nickel et cobalt, les nodules polymétalliques tapissant les fonds marins (entre 4 000 et 6 000 mètres de profondeur) pourraient constituer une ressource minérale stratégique. Leur dispersion et la variété de leur composition compliquent cependant leur exploitation. 

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